Keolis Lille ilévia : « l’entreprise à mission est un véritable outil de gouvernance qui permet de prioriser ses actions »

Depuis avril 2025, Keolis Lille ilévia a adopté la qualité de société à mission. Un choix qui a permis à l’entreprise de se concentrer sur des actions qu’elle souhaitait mettre en œuvre sur le long terme, tout en inscrivant plus profondément ses enjeux au cœur de sa gouvernance. Rencontre avec Thierry Duc, Directeur Développement Durable, Qualité & Innovation.

Déployant depuis longtemps un politique développement durable, Keolis Lille ilévia a fait le choix de devenir société à mission en avril 2025. « Le développement durable est une thématique large qui couvre de nombreux sujets. Devenir entreprise à mission nous a conduits à choisir quelques axes sur lesquels nous souhaitions nous investir prioritairement. Par exemple, nous consommons 30 000 m3 d’eau chaque année, c’est un axe de travail aujourd’hui prioritaire. C’est une manière de reprendre le contrôle sur ce que nous voulons faire et concrétiser » explique Thierry Duc, Directeur Développement Durable, Qualité & Innovation. L’entreprise se positionne aujourd’hui autour de 4 engagements : « agir pour la réduction de l’empreinte carbone et environnementale de nos activités », « s’engager pour l’insertion, l’égalité, la diversité par l’emploi », « promouvoir des solutions de mobilités sûres, durables, inclusives » et « agir collectivement pour le développement et l’attractivité du territoire ». 

« Sur ce dernier point, nous avons par exemple mis en œuvre la charte « relations fournisseurs responsables » du ministère de l'Économie et des Finances, la « RFAR ». Elle n’est pas obligatoire, et nous ne l’aurions sans doute pas mise en œuvre sans la société à mission. Au-delà de l’emploi, et de la manière dont est redistribué l’argent sur le territoire, il est surtout question de la relation que nous voulons avoir avec nos fournisseurs, et de la manière dont nous voulons contribuer à leur développement et leur pérennité. Nous allons, en ce sens, nommer un médiateur qui sera un interlocuteur privilégié en cas de litige. Mais cela peut aller encore plus loin : tous les fournisseurs n’ont pas les moyens de se développer sur les aspects RSE. Nous pouvons discuter avec eux, les inciter sans les contraindre. C’est aussi ça l’esprit que porte l’entreprise à mission : quel impact, quel choix voulons-nous, sur quoi voulons-nous progresser ».

Un apport mutuel

L’entreprise à mission permet aussi de remettre les sujets développement durable au cœur de la gouvernance. À commencer par les instances qu’elle crée. « Le comité de mission regroupe des personnes extérieures à l’entreprise qui viennent nous challenger. Nous avons choisi des personnes qui n’évoluent pas forcément dans notre secteur mais qui peuvent nous questionner. Nous avons intégré une personne du CERDD, de Citiz, de Vitamine T, de l’Université Catholique de Lille, de l’ADULM et de Réseau Alliances. Nous avons aussi choisi en interne une cheffe de projet qui puisse éclairer les débats sur les aspects techniques et opérationnels. Ce qui est intéressant, c’est que chacun, par son métier ou son organisation, peut contribuer à la discussion.  Chacun trouve un intérêt sur le sujet de la mobilité, une thématique qui est particulièrement transverse. Si l’Université souhaite développer une politique d’accès au sport par exemple, elle doit s’assurer que ses étudiants puissent se rendre sur les équipements sportifs. Cela permet aussi, pour les membres du comité, de découvrir l’entreprise de l’intérieur et c’est la première fois que nous avons cet effet miroir avec des personnes extérieures à l’entreprise, autres que la MEL ou nos clients » ajoute Thierry Duc.

Un recentrage du sujet au sein de la gouvernance

Keolis Lille ilévia mettra également en ligne le rapport du comité de mission – celui-ci doit être obligatoirement transmis au Conseil d’Administration, les entreprises sont ensuite libres de le rendre public ou non. Le rapport de l’audit, réalisé par un organisme tiers indépendant, est, quant à lui, systématiquement rendu public. L’entreprise à mission permet aussi d’impliquer davantage ses parties prenantes, grâce au travail de clarification et de priorisation sur les engagements. « Certains sujets remontent désormais auprès du CODIR, car inscrits statutairement. Et pour les élus, l’entreprise à mission est un gage de lisibilité. Nous sommes déjà une entreprise avec une obligation de service public, c’est dans notre ADN. Nous avons un impact sur la vie des gens. Nos engagements relatifs à l’attractivité, l’insertion des jeunes, l’emploi sont donc appréciés » ajoute Thierry Duc. 

Pour la suite, Keolis Lille ilévia travaillera sur l’appropriation en interne, en mobilisant sa ligne managériale. « Autour d’un format ludique, nous aimerions faire réagir nos managers sur nos 4 engagements, pour qu’ils puissent concrètement se les approprier » explique Thierry Duc L’entreprise s’appuie également sur des salariés, une douzaine, qui composent un comité opérationnel. « Ils sont issus des ressources humaines, du marketing…. Bref, des métiers qui sont concernés par les engagements pris et les actions à entreprendre. Nous les réunissons deux à trois par an. Nous préparons également l’audit qui arrive très vite – 18 mois seulement après le changement de statut ». Un véritable outil de pilotage qui vient ainsi nourrir la gouvernance de l’entreprise et qui s’inscrit dans la continuité de la démarche développement durable mise en œuvre.